Il y a des personnes anti-masques… Que penser?

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Il y a des personnes anti-masques… Que penser?

14 septembre 2020

On m’interpelle à propos du mouvement des personnes ou milieux critiques de l’obligation du port du masque (dans les transports publics, les commerces…). Au motif qu’il y a là une mesure autoritaire excessive des pouvoirs publics fédéraux ou cantonaux. Il y a deux mois sur CNN, je voyais une séquence où une personne refusait le port du masque « qui fait obstacle au magnifique système respiratoire dont Dieu nous a pourvu »... Les idées fondamentalistes, libertaires ou complotistes font florès.

Au cours de ma carrière de médecin de santé publique, j’ai vu des débats/combats, puis des évolutions, à propos de restrictions à la liberté (de faire tout et n’importe quoi) introduites au nom de la protection de la santé - et de la vie. Vers 1980 (moment de la votation fédérale), j’ai pris quelques risques en m‘engageant pour le port obligatoire de la ceinture de sécurité, alors que politiques et vox populi en Suisse romande étaient le plus souvent contre. Les moins jeunes parmi nous se souviendront de la vivacité des échanges, où des médecins même s’opposaient à cette mesure préventive qui allait éviter 200 décès par an sur la route.

S’agissant du covid et du masque, je comprends qu’on pose des questions. Oui, pour une part, scientifiques et politiques « apprennent en marchant » dans cette affaire... c’est ainsi. Je suis à la retraite depuis longtemps et, depuis six mois, ai beaucoup pensé à mes collègues et successeurs médecins cantonaux, , à leurs chef-fe-s Conseillers d’Etat, aux soignants dans les hôpitaux  et EMS –  et je n’ai pas cherché  à être plus intelligent qu’eux, à mieux savoir. On aimerait (j’aimerais) que le public admette que celles et ceux qui sont aux affaires font de leur mieux, dans des situations compliquées où on n’a pas toutes les réponses sous la main, où il reste parfois des incertitudes (où il faut user de son meilleur bon sens voire de son intuition !).

A mon avis, le port du masque est effectivement utile pour la protection de soi, de ses proches et de la collectivité autour de nous. Et, s’agissant de ceux qui n'apprécient pas, je considère qu’on peut leur demander de le porter comme un acte de solidarité civique et humaine utile à sauvegarder la santé de la population (soit dit en passant, mon attitude est la même dans un autre domaine où des anti- sont actifs, celui des vaccins  – sauf contre-indication médicale formelle, faire vacciner ses enfants est, aussi, un acte de solidarité pour la meilleure santé de tous).

Je dois ici faire référence aux messages reçus dans l'enfance et la jeunesse, à l'éducation qui m'a été prodiguée ; dans un milieu villageois, terrien, croyant, où la première valeur pratique était le travail - avec aussi le respect de l'autre et la tolérance. Dans ce cadre, se passer de quelque chose, faire (dans une mesure à débattre, bien sûr) un sacrifice pour le bien commun, pour le mieux-être des autres, allait de soi - je le dis en toute humilité. Porter un masque en situation de pandémie, alors que les meilleurs avis scientifiques disponibles disent qu'il faut le faire, un tel devoir n'aurait pas été discuté. Par la suite, devenu médecin et m'orientant vers la santé publique/communautaire, mes formation et expériences n'ont fait que renforcer cette position pratique et éthique.

Bien sûr, on a le droit de ne pas être d'accord. Il reste que, si chacun a droit à sa propre opinion, chacun n'a pas droit à ses propres faits (formule fameuse d’un politique états-unien). On attend donc des anti-masques qu'ils ne brandissent pas seulement des allégations d'atteintes excessives à la liberté d'agir à sa guise, mais aussi des arguments solides.

Je réalise que le cadre de référence qui est le mien plonge ses premières racines quelque septante ans en arrière, dans une société où « les ordres étaient les ordres ». Les choses ont changé, et beaucoup de ces changements sont excellents. Notamment en ce qui concerne l'autonomie mieux garantie (selon les circonstances) aux enfants, aux adolescents, aux femmes aussi. Mais je souhaite que nous n’allions pas plus avant dans une direction où, parfois, on a l'impression que, parce que chacun a droit à son avis, dit avis est par définition aussi bon que celui des personnes et milieux qui ont des compétences avérées à juger de la situation. Cela, ça ne va pas.

Un mot encore à propos de limitations à la liberté : j'ai dit plus haut m'être engagé pour le port de la ceinture. Dans les débats de l'époque, on rétorquait "mais s'il faut interdire [de ne pas boucler sa ceinture] pour éviter des décès, interdisez aussi l'alpinisme..." Bien sûr que non : interdire l'alpinisme serait une grave atteinte à la faculté des pratiquants de jouir d'une activité qui les satisfait intensément. Comment penser que le port de la ceinture altère si sérieusement le bien-être des personnes ? Ou alors, faudrait-il envisager de lever le devoir de s'arrêter au feu rouge, qui est aussi une limitation de la liberté de faire n’importe quoi ?! Je ne crois pas que le port du masque soit une grave amputation de notre liberté.

 

PS : peut-être que, dans quelques semaines ou mois, de nouvelles observations et travaux scientifiques modifieront l'appréciation qu'on a aujourd'hui de la légitimité de l’obligation du port du masque. Possible. Dans l'intervalle, je fais confiance à celles et ceux que je crois dignes de confiance.