Vive le printemps du travail… – Encore deux saisons à suer ?

Vive le printemps du travail…  –  Encore deux saisons à suer ?
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Vive le printemps du travail… – Encore deux saisons à suer ?
Vive le printemps du travail… – Encore deux saisons à suer ?

Vive le printemps du travail… – Encore deux saisons à suer ?

11 mai 2019

L’économie peut adopter Pâques pour investir et travailler, disait mon blog du 1er mai. Mais chaque personne active peut faire de même, bien sûr. Je conclus aujourd’hui ces pages printanières de mon blog en ouvrant la question de l’été et de l’automne : va‑t-on y perdre la joyeuse énergie du printemps ?

Et que va nous dire Jésus, notre réparateur incarné et passionné à travers hiver et printemps, lorsque son temps sera déclaré «ordinaire» après Pentecôte ? Je ne crois pas qu’il puisse se contenter de déplorer, avec le 3e chapitre de la Genèse, que tout travail fasse inévitablement «suer» et toute gestation «gémir».

La vie est dure, oui, mais elle travaille avec nous et avant nous et mérite notre contribution active. Laissons travailler la vie ! Coller à toute la réalité des tâches, domestiques et professionnelles, oui ! Mais savoir aussi exprimer des projets et des paroles sur ce vécu : faisons travailler cette énergie qu’on dit créatrice et performative, envers et contre toutes les conditions mortelles qui viendront.

Juste avant de mourir et ressusciter, Jésus a promis à tous cette énergie précisément : « Ciel et terre vont finir, mais mes paroles ne finiront pas. Attention : ne laissez pas vos cœurs s’alourdir ! » (Luc 21,33s.) C’est comme un printemps éternel et vivant qui émerge de son action de serviteur parlant et souffrant : il a annoncé Pâques.

A notre tour ! Les saisons qui viendront ne se passeront pas sans lui puisque nous l’avons écouté parler en mode performatif, effectuant ce qu’il annonce : « Voici mon corps », « Voici ma vie », « L’efficacité divine arrive chez vous ». Et depuis que les conditions sociales du travail sont devenues un souci pour les Eglises, dans les années 1980, elles se sont partout engagées de diverses manières à replacer « le travail dans le contexte de ce que Jésus offre comme plénitude de vie » (ainsi les Ecossais en 1983, mais j’ai pu collecter une quarantaine de formulations semblables !).

Dire la plénitude de nos actes et de nos gestes, dire la vitalité de nos services et de nos travaux, dire la finalité collective des activités professionnelles, c’est une parole d’Eglise autant que d’Etat : c’est donner le sens du travail qui est requis de toutes et tous, et pas seulement son poids statistique.

On ne niera pas les duretés de ces services requis, on reconnaîtra leur pénibilité, oui, mais en faisant tout pour que chacune et chacun puissent y rester pleinement engagés. Cela implique de requérir toujours à nouveau – aussi comme chrétiens et comme Eglises – des engagements de réciprocité de la part des organisateurs du travail face aux employés qui en exécuteront leur part !

De la peine de travailler au plaisir de servir, il y a un pas à franchir ensemble en ouvrant ce chantier collectif de l’économie. A travers l’été et l’automne, on ne va donc pas simplement continuer à «suer», mais créer en mode performatif les conditions pour que chacune et chacun apporte à ce chantier sa contribution sous forme de biens et services, de récoltes et peut-être de chefs d’œuvre.
 

(Printemps actif n° 6 = page 12 du blog «Laisser travailler la vie»)