Des relais en réseau, dépassant les échecs en emploi

Des relais en réseau, dépassant les échecs en emploi
i
Des relais en réseau, dépassant les échecs en emploi
Des relais en réseau, dépassant les échecs en emploi

Des relais en réseau, dépassant les échecs en emploi

30 janvier 2020

Oui, nous cherchons tous notre place, dans cette économie d’abord, dans la vie surtout ! Priorité : pour quoi vivre – Premier souci : de quoi vivre ! Et les deux ne sont pas identiques, car les employeurs peuvent payer de quoi, mais ne peuvent et ne doivent pas décider pour quoi. Lorsque nous organisons notre Forum annuel, comme animateurs chrétiens romands du monde du travail, il s’agit de faire savoir pour quoi vous prenez votre place… de travail ! Et à mi-janvier nous avions invité des migrants sur le chemin de leurs premières places de travail.

Difficile chemin, incluant l’apprentissage d’une langue, de coutumes, de rythmes, de techniques : autant de choses pour lesquelles les meilleures écoles ne suffiront jamais ! S’exercer à réussir, c’est savoir pour quoi on est là, se savoir accueilli par la vie – et par une société d’humains accueillants, d’abord.

Le premier geste de Jésus, quand il partit annoncer l’efficacité déterminante du Père libérateur, fut de solliciter une douzaine de porte-parole, à commencer par des professionnels de la pêche, capables de tirer un filet avec une masse de poissons. Pour un temps, il les a priés d’apporter leur professionnalisme à son propre projet de masse : «Venez m’accompagner, je vous ferai rassembler des humains !» Et eux, laissant leurs filets, l’ont suivi (Matth. 4,19).

L’efficacité passe par des rassembleurs, et nous l’avons encore vu l’autre jour au Forum œcuménique du monde du travail : les migrants qui ont pu trouver leur chemin ont d’abord rencontré des personnes attentives, des réseaux de personnes qui se relaient pour l’encouragement et l’apprentissage. Ensuite ils ont trouvé des financements pour un complément de formation requis – et ce partage est encore de l’ordre du rassemblement d’humains !

La réussite a précédé les emplois, non l’inverse. Une relation et une communion (que l’économie ne peut pas créer par elle-même) finissent par servir à l’économie dans une profession bien vécue : un employeur a témoigné de son ouverture à toute nationalité d’employés, ayant d’abord affaire à des gens bien intégrés dans leur vie locale et relationnelle. Et c’est là que d’autres avaient préparé le chemin.

Jésus ne vient pas jouer le conseiller en placement… – et c’est même plutôt l’inverse : il met en chemin des pêcheurs loin de leur lac pour un temps d’accompagnement, de cheminement et de rassemblement. Ainsi aujourd’hui  les parrainages et mentorats de migrants chez nous : des gens prennent du temps pour tout ce qui est vital et qui précède l’embauche recherchée par leurs protégés.

Il y a d’abord un rêve de vie, et il faut apprendre à cheminer dans le réel vers ce rêve, en traversant le deuil de ses illusions et en célébrant les réussites partielles, les projets vécus. Nous rêvons plus grand, nous espérons plus vrai, et les témoins de Jésus ne nient pas ces rêves : ils voient venir l’efficacité paternelle que Jésus annonce. Et le réseau des rassembleurs représente déjà un filet dense d’humanité prometteuse. Mieux qu’une pêche, même miraculeuse !

Il s’agit de devenir des relais, de faire passer l’énergie et la volonté de réussite : nous avons entendu au Forum des expériences de migrantes engagées de toute leur volonté et bien soutenues, témoignant d’un cheminement de postes en postes et de formations en candidatures… Depuis que les Forums existent, ils servent ainsi à entendre, à comprendre, à approfondir, à dégager des mécanismes vécus et souvent subis, mais surtout à encourager les efforts sensés, les choix partagés, les valeurs affirmées et les actions communautaires *). Tout cela, c’est vécu dans l’économie, mais cela vient du dehors d’elle pour lui faire servir la vie : une part de rêve pour un chemin dans le réel.

  • *) Voir notre synthèse : https://chretiensautravail.ch/category/suisse-romande/

(Page 2 du blog 2020 : «L’économie gouvernée du dehors – comme nous»)