Supprimer la contraception pour pallier la pénurie de prêtres

©RNS/Tonny Onyulo
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Philip Anyolo
©RNS/Tonny Onyulo

Supprimer la contraception pour pallier la pénurie de prêtres

Doreen Ajiambo
12 février 2019
Le débat sur la contraception bat son plein au Kenya. Un évêque veut interdire les contraceptifs pour augmenter le nombre d’enfants susceptibles de devenir prêtres.

Il n'y a rien d'étrange à ce qu'un évêque catholique romain au Kenya, un pays à prédominance catholique, demande l’interdiction des contraceptifs. Mais lorsqu’il justifie sa position par la pénurie importante de prêtres, cela suscite un débat plus large sur la taille de la famille et la pauvreté. «Je demande aux chrétiens d'avoir plus d'enfants et de ne pas avoir peur des questions économiques», a recommandé l’évêque Paul Kariuki aux catholiques, lors d'une cérémonie d'ordination à la cathédrale Saint-Pierre et Paul à Nembu, en novembre dernier. «Ayons une grande famille de trois, quatre, cinq ou plus d’enfants afin que nous ayons des personnes pour servir notre pays.»

Edwin Wekesa, un plombier de 46 ans, fait partie des 50 millions de catholiques du Kenya (soit un tiers du pays). Il a expliqué à Religion News Service (RNS) que les enseignements de l'évêque sur la contraception ne tenaient pas compte du sort des Kenyans les plus pauvres qui luttent pour joindre les deux bouts. «Il faut pouvoir s’occuper de ses enfants», note Edwin Wekesa, ce père de deux enfants qui vit à Kayole, un bidonville situé à la périphérie de Nairobi, la capitale. «Ce n'est pas un péché d'utiliser des contraceptifs pour planifier le nombre d’enfants, car nous avons besoin d'argent pour les nourrir, les emmener dans de bonnes écoles et leur fournir des soins médicaux.»

Les propos de l'évêque Pau Kariuki ont ravivé une polémique provoquée par des évêques, il y a deux ans. Ils s’étaient vivement opposés à la distribution d'un vaccin antitétanique, affirmant que la solution était mélangée à une hormone qui causerait l'infertilité des femmes. Selon eux, le vaccin visait les femmes en âge de procréer. Fin 2018, ces évêques se sont également opposés à une proposition du gouvernement et de groupes de défense des droits qui visait à ce que les adolescents utilisent des contraceptifs. L'Église a affirmé que la grossesse chez les mineurs était une forme de maltraitance des enfants qui devrait être réglée par un renforcement des lois.

Nuire à la reproduction

«Accepter de fournir des contraceptifs signifie que nous donnons le feu vert aux adolescents pour avoir des rapports sexuels, ce qui est contraire à la loi», peut-on lire dans un communiqué que l'Église avait publié à l'époque. «L'utilisation de contraceptifs expose les jeunes à des effets secondaires à long terme qui pourraient nuire à leur santé reproductive.»

Joseph Karanja, président de Catholics for Choice, une association catholique pro-choix (donc qui laisse aux femmes le choix par rapport à leur sexualité et à leur fertilité) a affirmé que les évêques avaient toujours placé les enseignements de l'Église et la croissance de la population catholique au-dessus des préoccupations de santé publique. «L'Église au Kenya encourage les familles nombreuses et s’oppose aux initiatives gouvernementales telles que la vaccination et l'éducation sexuelle.» Catholics for Choice a demandé au Vatican de suspendre totalement l'interdiction de la contraception.

Une pénurie de prêtres

Parallèlement, les inquiétudes de l'Église concernant la pénurie de prêtres sont réelles. En mai 2018, le pape François a exprimé ses craintes, affirmant que le nombre diminuait incontestablement. Il s’est dit prêt à voir des hommes mariés devenir prêtres, surtout dans les communautés isolées, car l'Église est à court de clergés.

De son côté, l'évêque Philip Anyolo, président de la Conférence des évêques catholiques du Kenya, a expliqué que la question de l'utilisation des contraceptifs allait au-delà de l'approvisionnement en prêtres. «L'utilisation de contraceptifs va à l'encontre de la volonté de Dieu et a des effets secondaires sur la santé reproductive des femmes. La question des enfants devrait être laissée à la volonté de Dieu parce que c'est lui qui les donne. Nous devrions accepter le nombre d'enfants que Dieu nous donne.»

Certains catholiques soutiennent la position de Philip Anyolo. Mercy Anyango, une catholique de 48 ans, mère de sept enfants, a fait l'éloge du message de l'évêque et encourage d'autres femmes à arrêter les contraceptifs artificiels. «Nous sommes sauvés et libérés du péché grâce à notre Seigneur Jésus-Christ. Jésus n'aurait pas pu naître si Marie avait pris des contraceptifs. Dieu a des plans pour chaque vie.»

Doreen Ajiambo, Nairobi, Kenya, RNS/Protestinter