Aux États-Unis, les fous du climat

© Gage Skidmore CC Wikicommons
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Rick Perry à la Conservative Political Action Conference de 2018.
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Aux États-Unis, les fous du climat

Devinette
Parmi les soutiens farouches au climatosceptique Donald Trump, une majorité chrétienne conservatrice, dont des évangéliques. En Suisse romande, leur discours ne passe pas. Au contraire.

«Je ne crois pas que les émissions de CO2 soient la principale cause du réchauffement climatique.» * A votre avis, qui a prononcé cette phrase? C’est Rick Perry, sur la chaîne de télévision CNBC, en 2017. Qui est Rick Perry? Le secrétaire d’État américain à l’énergie. Et pourquoi est-il connu? Pour être un climatosceptique notoire. C’est aussi un évangélique conservateur, qui croit à l’intelligent design, une forme sophistiquée de créationnisme, selon laquelle certaines caractéristiques de l’univers sont dues à une forme d’intelligence (divine) et ne peuvent pas s’expliquer par la sélection naturelle (l’évolution, donc la science). Précédemment gouverneur du Texas (28 millions d’habitants en 2018), Rick Perry y a promu l’enseignement du créationnisme, en parallèle à la théorie de l’évolution, dans les écoles publiques.

Droite chrétienne et capitalisme libéral

Rick Perry n’est pas un cas anecdotique. «L’administration Trump est représentante de cette droite chrétienne dure, objectivement alliée avec un capitalisme libertarien», explique Philippe Gonzalez, sociologue et maître d’enseignement et de recherches à l’Université de Lausanne. En effet, la plupart des études sur lesquelles s’appuie régulièrement Rick Perry sont financées par… Charles et David Koch, industriels à la tête de plusieurs think tanks économiquement libéraux et moralement conservateurs. Le chercheur observe depuis plusieurs années que les thèses climatosceptiques sont financées, relayées, légitimées par des institutions chrétiennes conservatrices, elles-mêmes détenues ou financées par des industriels… qui ont tout intérêt à éviter toute régulation environnementale. «On assiste à une confluence d’idées entre le grand capital et l’idéologie évangélique.» De fait, 67 % des évangéliques blancs soutenaient «fortement» la politique générale de Donald Trump, pointait, en 2017, une étude du Pew Research Center, institut d’études reconnu. Les courants évangéliques progressistes, s’ils existent, restent minoritaires.

Distance

En Suisse romande, cependant, côté évangélique, ces arguments ne passent pas. La Haute école de théologie (HET-pro), institution protestante de sensibilité évangélique, organise en novembre prochain une journée d’étude sur l’environnement **. Parmi les coorganisateurs, le réseau StopPauvreté, issu de l’organisation Interaction, faîtière des ONG évangéliques suisses. Son représentant, Alexis Bourgeois, confirme ne pas être «sur la même longueur d’onde qu’une partie des évangéliques américains». Non seulement StopPauvreté valide l’existence du réchauffement climatique – sans reprendre, cependant, ce terme explicite dans son communiqué. Mais l’organisation lie, dans sa rhétorique, les questions environnementales et sociales. «Les deux sont indissociables (…) A StopPauvreté, nous en sommes convaincus et nous nous engageons depuis plusieurs années en faveur d’une approche holistique, qui tient compte de l’ensemble des enjeux environnementaux et humains», poursuit Alexis Bourgeois. Par ailleurs, «déshonorer la Création, c’est aussi déshonorer le Créateur…», donc convictions chrétiennes et environnementales vont de pair, estime cet activiste, qui ne se distancie cependant pas du créationnisme.

La journée du 20 novembre doit «donner à chacun la possibilité de se construire une position fondée bibliquement sur la question de l’écologie» à travers de nombreux exemples théologiques et pratiques. A mille lieues du climatoscepticisme de leurs coreligionnaires américains.