Revendiquer sans s'engager, un paradoxe contemporain

Joël Burri, rédacteur en chef de Réformés / © DR
i
Joël Burri, rédacteur en chef de Réformés
© DR

Revendiquer sans s'engager, un paradoxe contemporain

Edito
Les outils démocratiques sont-ils encore adaptés à la société d'aujourd'hui ? Le déficit d'engagement touche-t-il l'exercice politique autant que la pratique religieuse ?  C'est ce que nous interrogeons dans le dossier du mois.

Au coeur des revendications des gilets jaunes, la mise sur pied en France d’un référendum d’initiative citoyenne. Et voilà nos voisins hexagonaux qui s’intéressent, voire caricaturent la démocratie suisse. Il faut dire qu’en votant sur les cornes des vaches, la matière à railleries ne manque pas ! Mais ces critiques piquent certains Helvètes. A se demander si, dans notre pays où l’on ne peut s’appuyer ni sur une langue ni sur une confession commune pour se forger une identité nationale, la démocratie semi-directe ne tient pas le rôle de mythe fondateur assurant la cohésion.

Chaque Suisse est attaché à son droit d’initiative et de référendum. Ce qui ne veut pas dire qu’il en fait grand usage. Suivant les thématiques, les taux de participation lors des votations passent régulièrement en dessous de la barre des 40 % ! Dans le même temps, en lien avec des mouvements internationaux, les citoyens descendent dans la rue pour réclamer des changements.

Nos outils démocratiques ne sont-ils plus adaptés à la société d’aujourd’hui ? C’est ce que nous interrogeons dans le dossier de ce mois.

Finalement, il en va peut-être de l’exercice politique comme de la pratique religieuse. Pour beaucoup, c’est important, mais la majorité n’est pas prête à faire l’effort ni de voter ni de prier. Cette crise du collectif, marquée par des attentes élevées envers les autorités, mais caractérisée par un déficit d’engagement au sens traditionnel, rappelle la situation à laquelle le protestantisme européen a été confronté il y a quelques dizaines d’années.

La sociologue anglaise Grave Davie théorise l’écart grandissant qui existe entre appartenance et croyance. La majorité de nos contemporains peine à se reconnaître comme appartenant à une Église, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne participent pas d’une certaine religiosité latente de nos sociétés. Grace Davie parle de délégation religieuse. La chercheuse constate qu’une partie de la population apparemment sans lien avec les Églises s’émeut lorsque la religion fait l’objet d’attaques… ou lorsque les Églises, un peu trop innovantes, font des propositions qui ne collent pas à l’image que l’on se fait d’elles.