Echapper à la culpabilisation

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Echapper à la culpabilisation
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Echapper à la culpabilisation

Théologie
En couple ou célibataire, toute vie est voulue par Dieu, selon les théologiens réformés qui dénoncent des doctrines qui font parfois peser de lourds fardeaux à de nombreux accidentés de la vie.

«La vie a déjà un sens en ce qu’elle est donnée par Dieu», insiste la théologienne et pasteure Nadine Manson, chargée de questions liturgiques à l’Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS). Les réformés n’ont pas de dogme en matière de finalité de la vie humaine qui laisserait entendre par exemple qu’une vie n’est pas accomplie sans avoir d’enfant, par exemple. «Bien sûr, les enfants restent une bénédiction. Mais cela n’est pas une obligation ou un appel particulier.»

Un couple est déjà complet lorsque deux personnes s’aiment

Tout ne s’explique pas

«Notre génération se fixe des objectifs de réussite. On veut réussir sa vie, sa mort, son couple… bien sûr que l’on a une part de responsabilité, une partie de notre destinée est entre nos mains, mais tout ne peut pas être sous contrôle. On a d’ailleurs un gros problème, en Eglise, c’est qu’on s’épuise à justifier l’injustifiable. Chaque problème est envisagé comme une éventuelle épreuve que Dieu nous enverrait, on va finir par chercher des bienfaits à chacune des difficultés traversées avec des ‹avec les temps, je me rends compte que…›», dénonce la théologienne. «Nous ferions mieux de lâcher prise et de reconnaître que tout ne s’explique pas, et qu’‹il y a un temps pour pleurer et un temps pour rire›, selon l’Ecclésiaste.»

Célibat, vie de couple ou vie de famille trouvent donc leur sens en ce qu’ils sont donnés. «Un couple est déjà complet lorsque deux personnes s’aiment», précise Nadine Manson. «C’est peut-être parce que nous faisons cette lecture des textes et de la tradition que nous pouvons nous permettre aujourd’hui d’être plus inclusifs.»

Vouloir plaire à Dieu

«Il y a une crainte de déplaire à Dieu qui habite beaucoup de nos contemporains. Pourtant la foi permet de nous rendre plus libres et plus humains», note le journaliste Matthias Wirz, répondant de longue date du site QuestionDieu.com. Il constate ainsi que sur cet espace où les internautes peuvent poser librement des questions en lien avec la spiritualité, de nombreuses interrogations débutent par «est-ce que je peux» ou «est-ce que je dois». «Et parmi celles-ci les questions en lien avec le couple ou la sexualité sont nombreuses, ce qui me semble normal, car ces thèmes occupent une place importante dans la vie humaine. Pour les répondants, c’est l’occasion de proposer des perspectives plus larges. Sortir du ‹est-ce que Dieu va me punir› pour rappeler que c’est la personne en tant que personne qui compte. On s’imagine Dieu comme un père Fouettard, mais la plupart de ces interdits remontent à des textes bibliques mal lus ou mal interprétés.»

«Ces Eglises ou religions qui conditionnent le salut à une certaine pratique morale placent des personnes dans une détresse pas possible», dénonce le pasteur Marc Pernot, modérateur du site JeChercheDieu.ch qui propose également aux internautes de partager leurs interrogations spirituelles. En liant comportement et salut, «on pousse des gens à la dépression, à la peur de Dieu. J’ai pitié pour tous ces internautes. Quand je lis certains témoignages, j’ai parfois honte de ce que l’on fait subir au nom de la foi».

Pardon divin

«Sur l’idée du programme idéal, je pense que nous sommes toutes et tous d’accord de dire que le mariage est pour la vie entière, mais le divorce s’avère parfois être le choix le moins mauvais. La vie réelle d’une personne est plus complexe que le cas idéal, et il n’y a pas de malédiction de Dieu quand on n’arrive pas à suivre cette voie», promet le ministre du Culte. «Dans mes réponses, je m’efforce de toujours annoncer la miséricorde de Dieu, même si j’invite aussi les internautes à cheminer pour évoluer.»