Les jardins, terrains d'intégration

© UNHCR / Mark Henley
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Daisy et Jamal ont cultivé ensemble un jardin durant toute l'année 2018. Au total, 200 personnes ont été impliquées dans ce projet dont une centaine de personnes migrantes.
© UNHCR / Mark Henley

Les jardins, terrains d'intégration

Échanges
En 2018, l’Entraide protestante suisse (EPER) a initié des tandems de jardinage pour créer des liens entre réfugiés et population locale. L’opération a porté ses fruits. Entretien avec Marc Caverzasio, responsable du projet "Nouveaux jardins" auprès de l'EPER.

Depuis 8 ans, l’EPER fournit des terrains à cultiver aux réfugiés arrivés en Suisse. En 2018, sur chaque parcelle, l’EPER a réuni une personne migrante et un habitant local. Charge à eux de cultiver ensemble le lopin de 20 m2 de mars à octobre. L’occasion pour des personnes ayant connu un exil difficile et sans réseau social en Suisse de pouvoir créer des liens avec des habitants, pratiquer le français, mieux comprendre la région où ils vivent désormais. Et pour les locaux de tisser des liens, partager leur savoir- faire… ou en acquérir.

Huit sites en Suisse romande ont chacun réuni une dizaine de tandems. Chaque année, les parcelles sont rendues disponibles pour de nouveaux participants. Un autre volet du projet permet à des personnes disposant d’un terrain cultivable de le mettre à la disposition d’un réfugié ayant précédemment participé aux tandems. Bilan du projet « Nouveaux Jardins » avec Marc Caverzasio, son responsable au sein de l’EPER.

Peut-on provoquer la création de liens? Comment mesurez-vous le succès de votre expérience?

MARC CAVERZASIO Cela a été très satisfaisant. Ce ne sera jamais du 100 %, on ne pourra jamais créer des amitiés et des osmoses dans absolument chaque duo. Il faut être réaliste. La première attente, c’est que les participants aient du plaisir à jardiner. Les affinités relèvent d’un second niveau. Nous avons réalisé des entretiens de bilan de deux heures avec les groupes de chaque site. 70 à 80 % des participants ont déclaré avoir eu des contacts hebdomadaires avec un autre membre du groupe – pas forcément leur partenaire de tandem. Le fait que ces liens se prolongent hors jardin est la preuve, pour nous, que cette formule fonctionne bien.

Au-delà de la fierté et de l’intérêt économique à faire pousser ses propres légumes, les jardins permettent-ils aux réfugiés de découvrir des produits suisses?

Ces légumes sont effectivement un moyen pour des personnes qui vivent avec des moyens très limités de devenir presque autonomes dans leur alimentation en légumes, en tout cas durant la saison estivale. Pour ce qui est de la découverte de cultures suisses, il y a de l’intérêt, mais avant tout, ces jardins sont pour eux un moyen de garder le lien avec une alimentation qui leur est chère. Certains ont rapporté ou se sont procuré des graines de cultures de leur pays d’origine. C’est une fierté et une curiosité de les planter ici, voir comment ils se comportent dans un climat différent et pouvoir partager leurs connaissances sur le sujet.

Comment s’organise le partage des récoltes?

Chaque tandem s’organise comme il le souhaite, la plupart cultivent ensemble et partagent la récolte, parfois certains donnent tout aux réfugiés, ou partagent des repas avec les produits récoltés. C’est entièrement libre. Le souci observé dans certains sites cette année, c’est le vol par des personnes externes, ce qui est arrivé majoritairement dans des parcelles en zone urbaine. Cela a incité les groupes concernés à trouver des solutions ensemble.

Pour en savoir plus

Vous souhaitez participer à un tandem ou mettre votre jardin à disposition ? Contactez nouveauxjardins@eper. ch.

Informations sur www.eper.ch/nouveauxjardins.