Olivier Delacrétaz - Le bonheur de respecter ses racines

© Jean-Bernard Sieber
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Oliver Delacrétaz
© Jean-Bernard Sieber

Olivier Delacrétaz - Le bonheur de respecter ses racines

Appartenance
S’il défend des valeurs souvent conservatrices, c’est peut-être parce qu’il a conscience de s’engager dans des institutions bien plus durables que lui.

«Je ne sais pas si vous avez vu le film qui s’appelle Blade Runner, je vous le conseille. Il parle de réplicants. Il s’agit de personnes qui sont créées par l’homme et qui deviennent, peu à peu, de plus en plus humaines. Alors on les élimine, car c’est dangereux. On leur a créé des souvenirs d’enfance: même eux ont ce besoin d’avoir des racines», raconte Olivier Delacrétaz. Il n’est pas la première personne avec qui nous nous attendions à parler de cinéma et, qui plus est, d’un blockbuster américain des années 1980 ! En effet, le septuagénaire préside depuis plus de 40 ans La Ligue vaudoise – un mouvement politique défendant l’identité du Pays de Vaud. Il collabore aussi régulièrement à La Nation, l’organe du mouvement qui affiche comme devise : «Ordre et Tradition». «Je ne suis pas un très grand connaisseur du cinéma. Je suis un peu plus connaisseur des bandes dessinées, après tout, c’est mon métier», rétorquet-il finissant de nous convaincre que la culture de ce grand défenseur de l’identité vaudoise ne se limite pas à Ramuz et Chessex. 

Défenseur des paroisses

Membre du Synode, l’organe délibérant de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, Olivier Delacrétaz se porte régulièrement en défenseur de l’autonomie des paroisses. «On est dans une perspective glissante où l’on ne voit pas de fin à l’érosion progressive des compétences des paroisses. J’ai suivi la question de la lente perte de pouvoir des paroisses en matière de désignation des pasteurs. Cette compétence est passée des paroisses à la région et finalement on en arrive aux ressources humaines sur le plan cantonal.» Olivier Delacrétaz ne se laisse pas convaincre par l’argument selon lequel la plus grande mobilité actuelle causerait un moins grand attachement géographique : «Même pour les pendulaires, cela fait du bien d’avoir un lieu où l’on se sent une appartenance. Malgré la mondialisation, malgré la plus grande mobilité dans la vie, il y a ce désir de se rattacher. Les communes existent et il y a ce besoin de s’y rattacher. Pour les paroisses, c’est encore plus important, car elles sont un lieu concret où se joue la vie quotidienne de foi avec ses implications communautaires immédiates.» 

Besoin d’appartenance

«Regardez, même les jeunes les plus laissés à eux-mêmes aspirent à une appartenance! Dans la rue, quand ils taguent le code postal “1018” pour signifier qu’ils viennent du quartier de Bellevaux à Lausanne, ils témoignent de leur sentiment d’appartenance. Même si cette appartenance-là est un peu pauvre !» 

Je n'aime pas trop apparaître, je suis un Vaudois

Un sentiment de quasi-immuabilité qui lui apparaît aussi quand il se plonge dans les archives de La Nation. «On retombe toujours sur les mêmes problèmes même s’ils se présentent de façon différentes.» Quand il observe le monde qui l’entoure, Olivier Delacrétaz ne voit pas apparaître une nouvelle civilisation. «Les choses sont comme elles étaient avant, mais en moins certaines, et en plus extrêmes. En un peu plus défait. Mais même si les choses se dégradent, l’être humain sécrète des anticorps qui le ramènent à des questions essentielles

Au service des institutions

Il a fallu faire preuve de diplomatie pour convaincre Olivier Delacrétaz d’accepter de se livrer pour un portait. «Je n’aime pas trop apparaître, je suis un Vaudois.» Pas tout à fait convaincu que cela permettra de présenter les valeurs qui lui sont chères, il finira par admettre au moment de la prise de rendez-vous : «Bon, je ne vais pas renâcler plus devant l’obstacle.» Mais lors de l’interview, il précise rapidement: «Quand je dis “ je ”, c’est toujours dans une perspective générale de la Ligue vaudoise ou de La Nation. Je ne vais pas, sur des questions publiques, parler différemment du mouvement.» «La vie des institutions est plus longue que la vie des hommes. On est là un moment, puis on décampe, on passe de l’autre côté tout en sachant qu’il y a des choses importantes qui existent et qui continuent à exister. Et ces éléments serviront aux générations qui suivent comme ils nous ont servi à nous et aux générations qui étaient avant nous.» Cette pérennité inspire respect et volonté de s’engager à Olivier Delacrétaz. «Je me sens une responsabilité. Il y a une appartenance réciproque: on appartient à son pays, mais on en est aussi responsable. Il nous revient de le conserver et de lui apporter les rafraîchissements que l’époque exige.» 

Bio express

1947 Naissance à Lausanne. Père médecin et mère «femme de médecin et mère de famille, comme cela se faisait à l’époque»

1967 Départ à Zurich, pour apprendre le métier de graphiste.

1973 Création de l’Atelier Ubu, où il travaille en indépendant aujourd’hui encore.

1977 Marcel Regamey, fondateur de la Ligue vaudoise, le désigne pour lui succéder à la présidence. La même année, il se marie. «Dans cet ordre et c’est mieux ainsi, comme ça ma femme m’a pris avec les meubles. Elle savait en se mariant la place que la Ligue occupait dans ma vie.»

Du vert, comme le drapeau

«Sur quelle couleur j’aimerais être photographié ? Mon avis de graphiste n’est pas mon avis politique !» Le vert du drapeau vaudois s’impose, d’autant plus qu’Olivier Delacrétaz maîtrise l’art de l’héraldique et qu’on lui doit les armoiries de plusieurs communes fusionnées ces dernières années. Mais avec un petit compromis pour le graphiste : «Un vert assez clair !»