La Passion n’en finit pas

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La Passion n’en finit pas

12 avril 2017
Protestinfo laisse régulièrement carte blanche à des personnalités réformées.

Jean-François Ramelet, pasteur «de l’esprit sainf, une oasis dans la ville» appelle à vivre Vendredi-Saint comme un appel à une foi critique.

Image: La crucifixion. Icône du monastère Sainte-Catherine du Sinaï. Style occidental. Fin du XIIIe siècle.

Au moment où, dans la nef de Saint-François, les musiciens répètent «La Passion selon Marc. Une passion après Auschwitz» de Michaël Levinas, deux nouveaux attentats meurtriers ont visé la communauté copte en Egypte, celle-là même dont on attribue l’émergence à la prédication de Marc. Ces attentats odieux rappellent encore une fois que des hommes continuent à tuer au nom d’une prétendue connaissance exclusive de Dieu.

J’ai toujours pensé que la fête chrétienne la plus importante du calendrier était celle de Vendredi-Saint. Sur la croix, je ne crois pas que Jésus accomplirait librement une mission ultime. Je refuse également de considérer la souffrance et le sang versé comme salutaires. A Vendredi-Saint, on ôte la vie à un innocent. Vendredi-Saint a toujours été pour moi l’expression crue et brute de la folie dont l’homme est capable lorsque sa raison est aveuglée par une idéologie, par la raison d’Etat (la Pax Romana) ou par une doctrine religieuse.

La croix est, à mes yeux, une critique radicale contre toutes les prétentions religieuses, idéologiques dominatrices ou totalitaires. En cela, elle a une portée universelle. Comme croyant, la croix se dresse à jamais devant moi comme une condamnation du religieux lorsque celui-ci devient une entreprise de régulation, d’alignement et de conditionnement du croire. Cette dérive, cette perversion guette toutes les religions et toutes les idéologies qui, lorsqu’elles y cèdent, deviennent des entreprises effroyables d’exclusion, d’épuration et de sectarisme. Malheureusement, le christianisme n’a pas su éviter cet abîme.

Devant l’énigme de la croix, les Eglises choisirent tragiquement d’endosser la posture du procureur pour désigner de présumés coupables et les traquer à jamais. Le christianisme a cédé au confort de désigner des boucs émissaires, alors que la croix aurait dû plutôt aiguiser son autocritique. On sait que cette posture a infusé durablement les esprits et les cultures en Occident, jusqu’à l’extrême insoutenable de la Shoah. Même si l’idéologie nazie détestait la foi chrétienne, force est de reconnaître que le chiendent de son antisémitisme avait été préalablement semé par les Eglises et ses serviteurs.

Dieu, s’il est Dieu, n’a pas besoin de procureur…

Dieu, s’il est Dieu, n’a pas besoin de procureur, et jamais les Eglises ne pourront se défausser de la lourde responsabilité qu’elles portent dans cette histoire tragique.

Prenons garde, l’ivraie de l’antisémitisme résiste à tout. Elle est virulente encore aujourd’hui en Occident.

Parce que la passion n’en finit pas, j’ai toujours estimé qu’il fallait prêcher à Vendredi-Saint, et ne pas se satisfaire d’une lecture liturgique qui ne fait que répéter le récit. Prêcher pour résister à la tentation d’idolâtrer nos représentations de Dieu.

Prêcher pour garder une foi critique.

Prêcher pour rappeler qu’il n’y a pas d’autre blasphème que de tuer un homme au nom de Dieu.