Préparer le chemin du rock

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Préparer le chemin du rock

Editorial de Gilles Bourquin qui parcourt ce mois, les sillons qu'ont laissé le rock sur le chemin des Eglises. Issu du blues et du negro-spiritual, il trouve son origine dans les célébrations chrétiennes.

La culture musicale rock, d’inspiration afro-américaine, est une création originale du XXe siècle qui ne cesse d’interroger les Eglises. Par son côté rebelle, provocateur ou parfois même ouvertement violent, cette musique rythmée peut-elle refléter le message des Evangiles et participer au culte chrétien ? Est-il légitime, dans certaines célébrations réformées, de remplacer la musique traditionnellement protestante, portée principalement par l’orgue, par une composition orchestrale moderne comprenant batterie, basse, piano, guitares et cuivres ? En d’autres termes, y a-t-il des instruments et des genres musicaux plus sacrés que d’autres ? L’objectif de notre dossier de l’été n’est pas d’apporter des réponses définitives à ces enjeux, mais de nous questionner.

D’aucuns avanceront que le rock, défoulement sonore endiablé, est un produit des générations émancipées d’après-guerre, aux côtés du cinéma, des bandes dessinées, des nouveaux goûts vestimentaires et de la libération sexuelle. Il ne peut donc pas porter les valeurs traditionnelles de l’Eglise. Or, n’y a-t-il pas le risque, dès lors que l’on décréterait la musique rock non adaptée au service divin, de projeter sur elle un jugement moral dégradant, à l’instar des nazis qui déclarèrent certains arts comme étant dégénérés ? Ou alors, identifier les origines du rock à une sous-culture par rapport à la musique classique européenne, n’est-ce pas risquer de cautionner des relents racistes occidentaux qui ne cessent de ressurgir ? On a parfois prétendu que le contraste entre les deux univers musicaux tenait à la gestion des émotions : contrôlées et retenues par la musique classique, exacerbées et débridées par le rock. Mais réduire le rock à un flux d’émotions simplistes est tout aussi faux qu’affirmer que la musique classique ne véhicule pas d’émotions. Si le rock est une musique populaire, il a conservé la profondeur de ses origines religieuses dans le blues et le negro-spiritual. Rien ne nous empêche donc de lui accorder une place dans l’Eglise.