Marcher dans l’histoire des huguenots

L’ouvrage de 127 pages accompagne les 250 kilomètres de chemins balisés dans le canton de Vaud. / ©Sur les pas des huguenots
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L’ouvrage de 127 pages accompagne les 250 kilomètres de chemins balisés dans le canton de Vaud.
©Sur les pas des huguenots

Marcher dans l’histoire des huguenots

Randonnées
Une brochure accompagne les trois sentiers vaudois retraçant l’histoire locale des huguenots. Une étape de plus dans la réhabilitation de ce passé méconnu.

Les sentiers huguenots, ce sont les chemins empruntés par les protestants français chassés du royaume après la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685. Au moins 200'000 protestants ont ainsi quitté le sol français pour se rendre entre autres en Allemagne, souvent par la Suisse. Aujourd’hui, entre Poët-Laval, fief protestant historique dans la Drôme provençale, et Berlin, qui a alors accueilli ces réfugiés à bras ouverts, différentes associations locales réhabilitent ces chemins d’exil. Dans le canton de Vaud en particulier, l’Association vaudoise des amis du sentier des huguenots a balisé 250 kilomètres de sentiers, sur trois itinéraires: Coppet-Morges, Morges-Concise, Morges-Morat. Publié en novembre 2020, le guide (voire encadré) édité par l’association pour accompagner ces tracés s’est écoulé à mille exemplaires, porté par la pandémie et le besoin de randonnées locales. Joliment illustré, le livre revient sur les richesses architecturales et les personnages remarquables liés à l’itinéraire, tout en tentant de recontextualiser les paysages du XVIIe siècle. Claude Dizerens, président de l’Association vaudoise des amis du sentier «Sur les pas des huguenots et des vaudois du Piémont», revient sur la valorisation de ce patrimoine.

A qui s’adresse ce guide de randonnée?

Claude Dizerens: Impossible de chiffrer avec exactitude qui pratique ces itinéraires. Il y a bien sûr une majorité de Romands, mais nous avons des contacts privilégiés avec la Drôme provençale, avec qui des marches ont régulièrement été organisées, avant la pandémie. Du côté suisse-allemand aussi, le balisage se poursuit bien. Beaucoup de visiteurs de ces sentiers sont des «AVS-teenagers» (rires) qui aiment marcher et souhaitent apprendre. Le balisage et le guide d’accompagnement sont achevés, reste désormais à pouvoir proposer des lieux d’hébergement. Nous aimerions développer des possibilités avec des paroisses intéressées. Il y a beaucoup à faire!

Pour mieux se représenter les paysages du XVIIe siècle, avez-vous envisagé des dispositifs de réalité virtuelle?

Oui, l’idée ne nous a pas échappé, elle demande simplement des moyens et du temps. Notre association travaille de manière bénévole, avec le soutien de fondations privées. Actuellement, nous pensons à développer la réalité virtuelle sur le tronçon entre Yverdon-les-Bains et Morat.

Pourquoi est-il important de faire connaître ce patrimoine?

Au XVIIe siècle, dans ce Pays de Vaud qui était pauvre, ce sont ces huguenots qui ont amené certains savoir-faire: ils étaient chocolatiers, horlogers, tisserands… Et ont développé l’économie locale, comme en témoignent les noms d’Audemars Piguet ou Suchard. Certains, comme Nelty de Beausobre à Morges, ont légué leur fortune à nos communes. Il faut leur dire «merci» et remettre en perspective la migration actuelle par ce biais! Par ce chemin, c’est aussi la Réforme qui a irrigué la Suisse. Enfin, nous constatons un réel intérêt du public, qui se pose parfois des questions sur la religion.

L’accueil des huguenots en Suisse n’est pas toujours allé de soi, pourquoi n’évoquez-vous pas ces aspects plus sombres?

C’est vrai que nous avons peu abordé ce sujet qui est documenté, c’est un aspect que l’on pourrait encore approfondir.

À découvrir 

Sur les pas des huguenots et des Vaudois du Piémont en Pays de Vaud, Marie Nora et Raymond Gruaz, 127 p., 15 fr., Association vaudoise des amis du sentier des huguenots, 2020.

Prix préférentiel pour les paroisses.

Contact : www.via-huguenots-vd.ch.