L'actualité religieuse au grand angle

© Bernard Hallet - Cath.ch
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Dominique Voinçon (à g.) et Cyril Dépraz se retrouvent au studio pour les 20 ans de Hautes fréquences
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L'actualité religieuse au grand angle

Bernard Hallet, cath.ch
18 janvier 2019
Vingt ans de «Hautes fréquences»
«Hautes fréquences» fête ses 20 ans. Née le 10 janvier 1999 dans une relative discrétion, l’émission a révolutionné l’actualité religieuse à la radio. Pour la première fois, catholiques et protestants ont travaillé ensemble à développer ce type d’infos pour le grand public.

«Ce même dimanche à 20h est né sur La Première le nouveau magazine religieux Hautes fréquences, destiné à cerner des dimensions insolites ou inattendues de l’actualité religieuse“, annonce sobrement le Centre catholique de radio et télévision (CCRT). Un faire-part de naissance d’à peine trois lignes au bas d’un communiqué daté du 11 janvier 1999. L’émission va pourtant révolutionner le style de l’actualité religieuse à la radio.

Gérald Sapey, directeur de la Radio suisse romande, (désormais RTS), a demandé à l’automne 1998 à André Kolly et Michel Kocher, respectivement directeurs du CCRT et du Service protestant de radio, de lancer un magazine d’actualité religieuse. La création de l’émission fait suite à la disparition de Bleu Ciel, sur les ondes moyennes. L’actualité religieuse accède ainsi à une audience beaucoup plus large que celle où elle était confinée jusque-là.

De la table ronde au tout public

«Ce fut un grand changement», note Cyril Dépraz, co-producteur délégué avec Dominique Voinçon. «Nous avions devant nous un sacré défi: développer l’actualité religieuse pour un large public.» Ce changement de fréquence va en entraîner d’autres, notamment sur la forme.

«Hautes fréquences devait adopter un nouveau ton, une nouvelle forme et une nouvelle manière de traiter l’actualité religieuse. Ce changement nous a imposé une nouvelle ligne rédactionnelle» précise celui qui fut le premier journaliste protestant non pasteur à la radio.

«Nous sommes passés de la table ronde avec des théologiens au tout public», résume Cyril Dépraz. Les spécialistes de la religion ne sont pas pour autant bannis des ondes. Le changement s’opère à l’interne: les journalistes sortent et font du terrain et se confrontent à la réalité. L’émission est dotée de vrais moyens financiers et de personnel pour la réaliser. À l’instar de leurs collègues de l’info, l’équipe du religieux dynamise le contenu de l’émission. Un grand sujet, 10 minutes d’actualités religieuses et différentes rubriques rythment 57 minutes d’une émission diffusée le dimanche à 20h.

Des séries

Les premiers sujets diffusés ce 10 janvier 1999, “Le choix dangereux des musulmans qui se convertissent“, et “Les 25-30 ans, le Ciel interpellé“, une enquête sous  forme d’interviews sur ce en quoi croient encore les jeunes à l’époque, donnent d’emblée le ton du magazine naissant. L’émission suivante diffuse la première partie d’une enquête en deux volets sur le satanisme avec Massimo Introvigne.

Le bouddhisme, le célibat des religieuses, la vie après la mort, les livres religieux au Salon du livre de Genève, le cimetière des morts-nés. Autant de manières de traiter le fait religieux de la nouvelle émission qui va rapidement trouver son public, devenu le point de référence dans la manière d’angler les sujets.

L’équipe a aussi imaginé des séries, notamment “Ils ont marché sur la terre“, fin 1999, sur des grandes figures religieuses du XXe siècle: des portraits, entre autres, de Martin Luther King, Jean XXIII, Gandhi ou encore Desmond Tutu ont fait les beaux jours de l’émission. La série donnera d’ailleurs lieu à la publication d’un CD. 

Actualité religieuse décloisonnée

«Avec Cyril, nous voulions parler de l’interreligieux, d’une part, et sortir de la dichotomie catholique – protestant, d’autre part. Cette émission fut l’occasion de décloisonner l’actualité religieuse, une évidence pour Cyril et moi». Tous deux ont mis fin à l’habituelle répartition confessionnelle de l’info. Le slogan de l’émission, pour lequel Dominique Voinçon semble militer encore 20 ans après, résume l’objectif éditorial de Hautes Fréquences: «L’émission de la spiritualité et des religions».

«Ce qui paraît normal aujourd’hui fut en fait une vraie révolution», précise André Kolly. Par ailleurs, l’interreligieux, parfois abordé auparavant, devient régulier dans une émission d’actualité religieuse. «Ce fut aussi une nouveauté», ajoute l’ancien patron du CCRT.

Un titre difficile à trouver

De fait les deux journalistes se connaissent depuis 1997. Ils ont en effet animé «Dialogues», une rubrique mensuelle, en tournus, de l’émission Parabole, diffusée sur Espace 2. Ils tiennent cette rubrique dédiée à l’actualité interreligieuse jusqu’à fin 1998.

Les souvenirs sont plus vagues sur le choix du titre de l’émission. «Je me souviens de longues séances de brainstorming. Je vous laisse imaginer nos réflexions sur une émission qui allait parler de la religion au grand public tout en évitant un titre clairement confessionnel. Nous cherchions la quadrature du cercle», sourit Cyril Dépraz. André Kolly se souvient d’une douzaine de titres sur lesquels les journalistes de l’équipe ont débattu. Les uns et les autres évoquent les fréquences radio, la hauteur et le ciel.

Une bonne ambiance de travail

Sans être toujours d’accord sur les sujets, les deux co-producteurs s’entendent bien. Dominique Voinçon se souvient d’une bonne ambiance de travail dans l’équipe. «Nous faisions écouter tous nos sujets par des collègues de l’info, y compris les plus jeunes. Leurs remarques nous ont fait beaucoup progresser».

Cyril Dépraz évoque l’ambiance si particulière du dimanche soir, lorsque l’équipe se retrouvait dans les locaux quasi déserts de la RSR. «Le fait de travailler ensemble a changé notre regard sur l’actualité religieuse. C’était très stimulant, d’autant plus que nous réalisions nos sujets en fonction de ce qui préoccupait les auditeurs, c’était notre seul agenda.»

«La création de Hautes fréquences nous a permis de gagner du temps d’antenne et une méthode de travail, catholiques et protestants ensemble. Au final, ce fut une vraie chance pour l’actualité religieuse», se souvient André Kolly.

 

Un article de cath.ch