Une lumière qui irradie tout

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Oeuvre sans titre, tirée d’un triptyque de Denyse LeBlanc inspiré par l’histoire de Noé (Genèse 6-9) et réalisée en mai 2018.
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Une lumière qui irradie tout

Violence
Clara Vienna a toujours allié expression artistique et spiritualité. Elle continue à le faire dans le métier qu’elle vient d’embrasser: pasteure.

Un meurtre, un viol, une araignée qui dévore un papillon, une tige de lierre qui enserre un arbre desséché… L’oeuvre est rude, sombre. Elle contraste avec le grand bureau clair où elle trône, tourné vers les eaux calmes du lac de Neuchâtel. C’est ici, dans la cure de Grandson, que Clara Vienna a pris son premier poste, en septembre dernier. Cette oeuvre, elle y tient : «A mon sens, elle rappelle que le monde n’est pas tout rose. On a tous dans nos vies des ruptures , des séparations, des deuils. Ici à Yverdon-les-Bains, un jeune a été tué très récemment, un autre s’est suicidé il y a peu.» Des situations qui touchent particulièrement la jeune femme dont le poste régional est dédié à l’enfance, au catéchisme et à la jeunesse, pour tout le Nord-Vaudois. Clara Vienna est aînée d’une fratrie de trois enfants. Elle fait de l’écoute des jeunes sa priorité.

Noé en prière

Pourtant, ce qui inspire le plus la jeune femme de 29 ans dans cette oeuvre n’est pas la noirceur, flagrante, mais plutôt sa lumière, moins évidente à distinguer, «qui vient d’en haut, qui irradie tout». Noé, le personnage vêtu de jaune, «paraît en prière. Son regard traverse le mal pour se fixer vers cette lumière qui symbolise pour moi la foi, le fait de croire malgré tout en la bonté, la beauté, et le manifester dans son attitude, sa parole, son écoute…» Clara Vienna désigne en particulier les reflets de l’eau: «J’y vois mon ministère: refléter une lumière qui ne vient pas de nous». Et de citer la Bible: «Christ dit, je suis la lumière du monde (Jean 12:8)» et Martin Luther King: «L’obscurité ne chasse pas l’obscurité, seule la lumière le peut.»

Le théâtre pour comprendre la foi

Si l’oeuvre renvoie symboliquement à son travail, elle l’incarne aussi de manière très concrète, puisqu’elle a été conçue pour un culte organisé en mai dernier par celle qui finit alors son stage pastoral à Ecublens. «C’était le culte de l’alliance. Je l’ai voulu artistique et participatif. J’ai donc demandé aux paroissiens d’amener leurs dons et leurs talents.» Les talents et l’expression artistique sont une seconde nature pour Clara Vienna. A 28 ans, elle affiche 10 ans de piano, de nombreuses années de danse (classique, puis salsa), et de chant dans des choeurs (gospel, Voix de Lausanne). Sur tout, elle a pratiqué le théâtre, notamment avec Jean Chollet, directeur des Terreaux, se passionnant pour ses personnages et leur spiritualité : Esther, Claire d’Assise, «une femme qui a tout quitté pour sa foi», ou Etty Hillesum «qui montre que l’on peut toujours choisir notre action, quelle que soit la période sombre et dure dans laquelle on vit».

Avec les comédiens du théâtre des Terreaux, elle se rend à Madagascar pour le spectacle L’Ombrelle du crocodile. «Je me souviens d’une messe à 9'000 personnes, les gens dansaient, c’était beau, chorégraphié mais très spontané, la joie éclatait…» Et pour son culte d’alliance en mai dernier, l’idée de faire dialoguer art et spiritualité fait son chemin. Tissage, photos, chants, peintures, textes, prières: le jour du culte, c’est un vrai feu d’artifice. Parmi les créations: ce tableau qui fait partie d’un triptyque sur Noé, réalisé par une artiste de la région. «C’était une belle célébration, colorée. Différente. Ça m’a beaucoup plu de voir combien la foi peut se révéler à travers toutes ces créations, de découvrir des talents dont on ne se doutait pas.» La ministre, alors en stage, explique pourtant avoir douté avant de lancer ce culte un peu particulier. L’idée allait-elle prendre? Les paroissiens allaient-ils s’y retrouver? En réalité, cette fille de pasteurs, qui a grandi à Echandens, n’a jamais cherché à retrouver l’Eglise «d’avant». Elle aime plutôt la repenser.

Aider à cheminer

Avant de s’inscrire en théologie, elle profite d’une année sabbatique pour découvrir d’autres réalités, notamment au Mexique. Elle est saisie par les contrastes sociaux violents de ce pays. Une année de stage aux «soins spirituels cliniques» à Montréal, à l’aumônerie du CHUV et dans l’institution Plein-soleil, spécialisée dans les personnes touchées par un AVC ou une maladie neurodégénérative, lui permet de se confronter à la maladie, à l’accompagnement de personnes souffrantes, aux remises en question. Elle accroche. «Aider à cheminer… on revient sur la lumière, Dieu.» Et lorsqu’elle est décidée, elle choisit comme thème de mémoire «le renouveau dans l’Eglise». Et mène l’enquête pour voir comment se construisent d’autres manières de faire: Gilles Boucomont au Marais, Carolina Costa à Genève, Jean Chollet à Saint-Laurent-Eglise, Benjamin Corbaz à Lutry, Virgile Rochat à Saint-Laurent. Elle en retient qu’il n’y a pas un modèle parfait. Que tous dépendent de leur contexte. Et surtout, «qu’il y a plein de choses à faire, il suffit de savoir s’entourer et se lancer, et si ça ne marche pas, tant pis !». Une énergie qui irradie tout.

Bio express

2008 – 2011 Bachelor de lettres (UNIL).

2012 Année sabbatique, notamment au Mexique.

2013 – 2014 Année de formation au Canada, début du Master de théologie (UNIL).

2015 – 2016 Travail à l’aumônerie du CHUV. Mémoire sur le renouveau dans l’Eglise.

2016 – 2017 Travail à l’aumônerie de jeunesse à Lausanne avec Yann Wolff.

2017 – 2018 Stage pastoral dans la paroisse d’Ecublens-Saint-Sulpice avec Vincent Guyaz.

2018 Pasteure à Grandson, en charge de l’enfance, du catéchisme et de la jeunesse pour le Nord-Vaudois.