«Il faut oser le pari de la foi»

Vanessa Trüb / © Alain Grosclaude
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Vanessa Trüb
© Alain Grosclaude

«Il faut oser le pari de la foi»

Vanessa Trüb
23 février 2023
Parcours de vie
La pasteure de l’Eglise protestante de Genève Vanessa Trüb témoigne de sa foi en Jésus-Christ.

«Je lui donnerai un caillou blanc et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit.» (Apocalypse 2, 17).

Quels sont les cailloux blancs sur mon chemin de foi? C’est dans la salle «Guillaume Farel» de Gap que se déroulait le catéchisme durant mon enfance. Je garde des souvenirs joyeux de cette période, parmi lesquels celui de faire un ange lors des cultes de Noël. Mais un ange, je ne l’ai pas du tout été, adolescente, lors du KT! Nous étions, ma cousine et moi, selon notre pasteur, des «cas désespérés de la foi». C’est probablement pour cela que j’ai toujours eu une tendresse particulière pour les jeunes en Eglise. En particulier pour celles et ceux qui sont «obligé·es» de venir à cause de leurs parents. Ce caillou blanc de mon parcours catéchétique chaotique m’a apporté cette conviction: Dieu chemine avec toutes et tous. Il chemine aussi avec les jeunes, même les plus turbulent·es, même les plus indifférent·es. Ils et elles sont au même bénéfice de la grâce que les chrétien·nes les plus engagé·es. Ils et elles reçoivent ce même infini de l’amour de Dieu: gratuit, inaliénable, irréductible, radical.

Deuxième petit caillou blanc: mes origines plurielles… Faire partie d’une minorité religieuse en France, par mes deux parents – maman venant d’un bastion protestant dans les Hautes-Alpes et papa de Zurich –, a insufflé, dès mon plus jeune âge, la conscience de prendre cause pour celles et ceux qui sont discriminé·es et de défendre la liberté de conscience de chacun·e. Etudiante en droit à Paris, j’appréciais de participer à des manifestations contre la première guerre du Golfe ou le racisme, et d’aider aux Restos du Cœur. Dieu, dans tout cela? Il avait disparu de mon horizon! Je voulais seulement tenter le défi humanitaire et solidaire.

Et puis, un soir de printemps, troisième caillou blanc… Dans mon foyer protestant d’étudiantes, j’ai été rattrapée par une présence et une Parole plus fortes que tout. Je ne m’y attendais pas. Je n’en voulais pas! Et me voilà, à genoux dans le jardin, en prière et m’entendant dire: «Oui, Seigneur, je serai pasteure!» Avec le recul, je crois bien avoir vécu une forme d’expérience mystique. En ayant tout fait pour ne pas voir les petits cailloux blancs que le Dieu de Jésus-Christ avait semés en amont de cet appel. En ayant tout fait pour ne pas entendre son Souffle qui murmurait à mes oreilles et retentissait dans mon cœur.

Trois ans plus tard, j’acceptais l’impensable, cette vocation pastorale, si merveilleuse, si intense, ouvrant à l’authenticité du lien et à la croissance spirituelle. Puisque la foi s’incarne dans un croire toujours contextualisé, je crois au Dieu de la grâce, qui a fait le choix radical de l’humanité en Christ et qui nous apprend que la foi ne peut faire l’économie de l’autre. L’étude et la méditation des Ecritures me permettent de creuser, avec d’autres, la soif de Dieu. Par la prière, je suis à l’écoute de cet Autre qui déplace et porte Vie. Dans une espérance sans cesse renouvelée et éternelle. Oui, osons le pari de la foi ! Incroyable? Non, vrai!

Côté privé

Actuellement pasteure dans la Région Arve et Lac et sur la paroisse de Jussy, Gy, Puplinge, Presinge, Meinier, Vanessa Trüb était engagée auparavant au sein du Service catéchèse, formation et animation, pour la jeunesse et la formation d’adultes. Elle a participé à la mise en œuvre de nouvelles manières d’être Eglise pour rejoindre nos contemporains à la périphérie de nos communautés.