Le travail, une vocation protestante

"Luther dans les vignes du Seigneur", tableau de Lucas Cranach le Jeune, 1569 / ©Wikimedia Commons/Domaine public
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"Luther dans les vignes du Seigneur", tableau de Lucas Cranach le Jeune, 1569
©Wikimedia Commons/Domaine public

Le travail, une vocation protestante

Boulot
Besogneux, volontaristes, voire méticuleux dans leur tâche, les protestants semblent glorifier le travail. On l’affirme souvent.

Le sociologue Max Weber l’a d’ailleurs théorisé au début du siècle dernier : les protestants seraient à la base de l’esprit capitaliste. Le succès de leur entreprise serait même le signe de la grâce dont Dieu les gratifie. «Mais c’est une reconstruction erronée, au service de la polémique confessionnelle», s’irrite le professeur François Dermange.

Il s’agit donc de relire les textes réformés, suggère l’enseignant d’éthique genevois. On y découvre que le travail est certes valorisé dans cette tradition, mais en faveur du bien commun. Pour Calvin, la personne humaine est foncièrement faite pour faire quelque chose. Cela, en vue de contribuer à l’édification de la société. On sera donc contre ceux qui ne travaillent pas: les nobles, les moines, les banquiers (eux qui laissent l’argent travailler à leur place), mais aussi les mendiants... «Il y a une opposition face à tous ceux qui vivent aux dépens des autres», souligne François Dermange.

Dignité humaine

Renoncer au travail, c’est donc renoncer à sa dignité humaine. Et le travail est une vocation dans la compréhension protestante: chaque personne doit dès lors découvrir à quelle activité Dieu l’appelle. Il y a pour ce faire quatre critères, énumère l’éthicien: le désir qui anime la personne, sa capacité, l’utilité de la tâche pour les autres et la reconnaissance que ces derniers en ont. Un programme qui comporte des aspects très modernes, bien au-delà du monde religieux, même s’il pourra prendre parfois des formes coercitives. Mais l’objectif ne sera jamais individualiste: ce sera plutôt de trouver sa place dans la société, où «Dieu nous appelle à s’aider l’un l’autre», selon le mot de Calvin.