«Ensemble», c’est plus facile

«Ensemble», c’est plus facile / © Véronique Hoegger
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«Ensemble», c’est plus facile
© Véronique Hoegger

«Ensemble», c’est plus facile

21 février 2024
Reportage
«Ce serait réjouissant que des jeunes prennent des responsabilités au sein de l’Eglise.» Ce rêve devient réalité dans certaines paroisses. Pourquoi à Laufen?

Dans la paroisse de Laufen am Rheinfall (ZH), les jeunes contribuent aux décisions. Ils et elles forment une équipe dénommée «Zäment» et apportent leurs pierres à l’édifice en participant à l’organisation d’activités pour les enfants ou les jeunes de l’Eglise, au catéchisme et aux cultes. Dans leur groupe «post-confirmation», appelé «First», ces jeunes organisent leurs propres activités réservées aux jeunes adultes ayant terminé leur catéchisme. Et, il y a trois ans, deux personnes de moins de 30 ans ont été élues au Conseil de paroisse. Or ces jeunes n’emploient pas le terme «participation» pour décrire leurs actions: «Les autres emploient ce mot pour désigner ce qui nous paraît normal.» Comment expliquer que ce qui fonctionne à Laufen reste difficile ailleurs?

Lors du camp de confirmation, j’ai pu prendre la responsabilité d’un groupe. On me fait confiance.

Qui fait confiance à qui?

En discutant avec Bettina Bart, conseillère de paroisse, Sophie Wernli, coresponsable de l’équipe Zäment, et Claude Meier, jeune responsable, on comprend vite d’où vient la motivation à Laufen. «Ce sont tout simplement des gens cool!» s’exclame Sophie Wernli. «La communauté est placée au premier plan», confirme Bettina Bart. Et Claude Meier, 17 ans, ajoute: «C’est inédit pour moi de faire partie d’une équipe composée de catégories d’âge aussi variées. Mais l’âge n’a aucune importance. Tout le monde est pris au sérieux!» La joie de vivre en communauté et le plaisir d’agir constituent une source de motivation importante pour ces jeunes. Cela se reflète également dans le nom que l’équipe s’est donné: Zäment est un néologisme composé de zäme (ensemble) et de Zement (ciment), qui fait référence à la solidarité de la communauté.

La gratitude leur donne aussi de l’élan. «J’ai vécu beaucoup de choses à l’Eglise quand j’étais enfant. J’aimerais donner quelque chose en retour et transmettre ce que j’ai appris aux enfants d’aujourd’hui», raconte Claude Meier. Il s’est laissé «entraîner», comme il dit. Il ne peut pas expliquer lui-même comment c’est arrivé. Il pense que c’est dû au fait que l’Eglise l’a toujours surpris: «Lors du camp de confirmation, j’ai pu prendre la responsabilité d’un groupe. On me fait confiance pour faire quelque chose, même si je ne l’ai jamais fait auparavant. Mais je n’ai pas besoin de savoir tout faire. Et je ne dois pas non plus m’engager sur tous les fronts. On nous fait des demandes et je peux dire si je suis intéressé ou non.»

L’équipe comme base

Cette marge de manoeuvre est la troisième source de motivation que citent ces trois jeunes: pouvoir proposer des idées de manière autonome dans leur paroisse, faire vivre des projets, faire bouger les choses et pouvoir s’appuyer sur un soutien si nécessaire. Les jeunes adultes reçoivent la confiance du Conseil de paroisse et du personnel ecclésial. Mais ce qui est bien plus important, c’est la confiance que ces jeunes accordent à la paroisse: «La paroisse a d’abord dû mériter notre confiance», reconnaît Sophie Wernli. Autrement dit, elle s’implique volontiers à condition que la paroisse prenne la participation des jeunes au sérieux.

«Sans équipe, nous ne serions rien», déclare Bettina Bart. Elle a déjà plus de quinze ans d’expérience dans le pilotage des offres destinées aux enfants, adolescent·es et jeunes adultes. «Si l’équipe fonctionne bien, on peut entreprendre encore plus de choses.» Depuis que la paroisse s’intéresse de plus près aux jeunes adultes, il n’y a pas eu que des jours heureux: plusieurs changements au sein de l’équipe ont souligné l’importance d’entretenir une bonne relation avec le personnel. Si ce dernier est disposé à consacrer du temps et s’engage à collaborer avec les jeunes, cela peut fonctionner: c’est le cas des pasteur·es actuellement en poste. Ces jeunes adultes font partie de l’équipe, assistent aux réunions mensuelles et participent aux discussions en ligne du groupe. Ils et elles sont friand·es des systèmes de gouvernance horizontale: certes, tout le monde ne peut pas tout faire, mais l’avantage est que la structure n’est ni figée ni rigide. Les pasteur·es sont apprécié·es pour leurs connaissances théologiques et leurs impulsions lors des cultes ou du catéchisme. Claude Meier est chargée de la photographie et des captations vidéo ou apporte des idées en lien avec le sport. Bettina Bart établit le lien avec le Conseil paroissial. En quelque sorte, elle fait office de «bibliothèque de savoir-faire» auprès de qui venir piocher. Et Sophie Wernli est la responsable motivée et motivante, qui fait même la navette entre Berne et Laufen pour tenir ce rôle.

Apprendre par la pratique

A Laufen, les deux pasteurs responsables participent donc à former des jeunes responsables. Ils donnent aux membres de l’équipe Zäment la possibilité de collaborer à certains événements ou camps et d’améliorer ainsi leurs compétences de gestion et leurs aptitudes langagières en rapport avec la foi. Ils font office d’interlocuteurs à disposition des personnes à la recherche de soutien – ou de celles qui ont «fait une bêtise», comme l’ajoute Bettina Bart. Mais les pasteurs ne sont pas les seuls à endosser ce rôle de soutien et de conseil: les jeunes membres du Conseil de paroisse ou les aîné·es expérimenté·es sont aussi là pour ça. Cela permet à la jeune équipe Zäment d’assumer ses tâches et de tirer des leçons de ses expériences et de ses erreurs. «Qui ne tente rien n’a rien» se contente de dire le plus jeune participant à la discussion sur ce sujet.

Si l’équipe fonctionne bien, on peut entreprendre encore plus de choses.

Une Eglise dans la société

L’Eglise est toujours influencée par l’environnement social dans lequel elle s’inscrit. Les jeunes de Laufen en sont conscients. «Ce que vous faites là, est-ce bien de l’Eglise?», demandent de temps en temps les aîné·es de l’Eglise lors de discussions sur une activité proposée dans le cadre du groupe First. Par exemple, une excursion dans une arène de paintball qui vient remplacer un culte. «Cela ouvre des débats et c’est une bonne chose», déclare Bettina Bart. «Nous avons tout intérêt à discuter nos visions respectives de ce qu’est l’Eglise au XXIe siècle.»

Tant durant les activités qu’au sein de l’équipe, la foi ne doit pas constituer un critère d’exclusion. «Peu importe la force ou la faiblesse de la foi d’une personne, nous lui ferons de la place chez nous!» souligne Sophie Wernli. Pour elle, ainsi que pour Claude Meier et Bettina Bart, la foi n’est pas mise en avant, mais elle est implicitement liée à la vie de tous les jours. «Mon engagement auprès des activistes du climat a déjà quelque chose à voir avec la foi et l’Eglise, mais je ne peux pas toujours m’autoriser à le dire ainsi», précise Sophie Wernli. Pour Claude Meier et Bettina Bart également, la foi a beaucoup à voir avec les valeurs vécues au quotidien et avec l’engagement pour et avec les autres. «Que nous puissions vivre cela au sein de l’Eglise et changer l’image de l’Eglise, je trouve cela super!» résume Claude Meier. On peut être surpris de voir que l’Eglise diffère de l’image que l’on s’en faisait. Mais si des personnes aussi diverses que celles de Laufen participent à sa réalisation, il n’est pas interdit d’espérer que la surprise se reproduise.