Cérémonies d’adieu laïques? L’EERV clarifie son offre

L’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) retire son flyer sur ses services funèbres, qui avait fâché en son sein. L’institution publie aujourd’hui de nouvelles recommandations / IStock
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L’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) retire son flyer sur ses services funèbres, qui avait fâché en son sein. L’institution publie aujourd’hui de nouvelles recommandations
IStock

Cérémonies d’adieu laïques? L’EERV clarifie son offre

L’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) retire son flyer sur ses services funèbres, qui avait fâché en son sein. L’institution publie aujourd’hui de nouvelles recommandations et se défend d’avoir voulu mettre en place des cérémonies laïques. Pour certains, le nouveau document est toujours «en-deça de ce qu’on attend d’une Eglise». Face à face.

Novembre 2021. Une assemblée législative (Synode) de l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) tourne au vinaigre. Plusieurs délégués interpellent avec vigueur le Conseil synodal (Exécutif) en raison d’un flyer semblant faire la promotion d’une offre pour des cérémonies d’adieu laïques. Des services présidés donc par des ministres du culte mais sans référence religieuse. Problème: le Synode s’était opposé, lors d’une précédente session, à s’ouvrir à de tels services.

Faisant suite à cette virulente interpellation soutenue par plusieurs délégués, l’EERV a annoncé, dans sa communication officielle du 25 août, le retrait dudit flyer ainsi que la publication d’une nouvelle brochure. Celle-ci montre un enracinement plus clair dans la foi chrétienne, notamment en réintégrant la notion «d’espérance». «Cette cérémonie est le lieu de la rencontre concrète entre la prise en compte de l’existence humaine et l’élan de la résurrection offert aux endeuillés», peut-on y lire.

A l’écoute des personnes

S’adressant directement aux proches du défunt à qui elle propose «son soutien pendant ce temps d’émotion et de questionnement sur le sens de la vie», l’EERV rappelle cependant sa volonté de s’adapter à chacun. La cérémonie promettant ainsi d’être «personnalisée et ouverte», dans le «respect de vos convictions» et en «prenant en compte vos volontés pour construire ensemble une cérémonie d’adieu riche de sens».

Dans ce même esprit d’ouverture aux personnes éloignées de l’Eglise, une recommandation a été envoyée aux responsables des différent lieux de culte réformé du canton, préconisant de réserver un accueil bienveillant à toutes les demandes concernant l’organisation dans leurs murs de cérémonies organisées par des officiants laïcs. «Le Synode n'a jamais été appelé à délibérer sur ces questions», réagit le délégué Simon Butticaz. «A ce stade, l’accueil de cérémonies laïques est dépourvue de fondements réglementaires.»

Un dilemme que rencontrent les autres Eglises réformées du pays. Pour rappel, en février dernier, l’Eglise évangélique réformée du canton de Neuchâtel (EREN) avait défrayé la chronique en affichant sa volonté d’interdire de telles cérémonies dans ses temples, sauf dérogation exceptionnelle.

«Notre com est toujours perfectible évidemment»

Vice-président de l’EERV, Vincent Guyaz

La publication de cette nouvelle brochure signifie-t-elle que l’EERV opère une marche arrière en ce qui concerne les cérémonies laïques?

Lorsque nous avons publié le flyer dont il a été question, il y a eu une mécompréhension globale. Notre intention n’était pas de mettre en route des cérémonies laïques, comme certains lieux d’Eglises nous en avaient exprimé le souhait. D’ailleurs, ce terme n’était aucune formulé sur ce document.

Quelle était alors votre intention alors?

Notre préoccupation fondamentale, c'est comment on peut accompagner les familles dans un moment aussi essentiel et unique qu’est le deuil, avec les compétences qui sont les nôtres, tout en accueillant une spiritualité et un lien aux religions qui est aujourd'hui divers.

En retirant ce flyer, vous admettez néanmoins que celui-ci prêtait à confusion?

Peut-être qu'on a dit les choses un peu vite et de manière un peu trop globale. Cela a posé des questions et des inconforts. Notre com est toujours perfectible évidemment, et on l’a entendu.

Quel message envoyez-vous avec ce nouveau document?

Nous avons souhaité replacer le curseur au bon endroit, pour mieux communiquer à la société au service de laquelle on est, que nous sommes disponibles pour tout un chacun, mais aussi pour assurer nos pasteurs et nos diacres qu’on ne leur demande pas de trahir leur identité et leur fonction. Nous les savons capables d’accompagner les gens comme ils sont, là ils sont.

«Nous avons besoin d’une Eglise qui s’affirme»

Dominique Kohli, délégué de l’Etat au Synode

Que pensez-vous de cette nouvelle brochure concernant les cérémonies d’adieu?

Sincèrement, je peine à y trouver un message. On est vraiment ici dans un accompagnement de type bienveillant, empathique, social. Mais la mission de l'Église y est encore trop absente? Quelle est la valeur ajoutée de l'Église? J'ai beaucoup de peine à la trouver là. 

Tout de même, le document présente un verset biblique et fait référence à l’espérance des chrétiens…

Cela reste vraiment en-deça du débat qu’on a eu sur ces questions. Une agence de pompes funèbres aurait pu faire la même communication. Même la Migros! Pour moi, c’est vraiment du service minimum.

Qu’auriez-vous souhaité de plus?

Que l’on présente à quoi sert notre Eglise. Est-ce qu’on est vraiment dans notre mission avec ça? Regardez le canton de Neuchâtel, qui a récemment eu un débat chahuté avec l’Eglise réformée neuchâteloise (EREN). Celle-ci exigeait que les cérémonies ayant lieu dans ses temples soient accompagnées par un message chrétien. Ici, on en est très loin!

Une Eglise ne doit-elle pas être ouverte à tous?

Qu’on ne se méprenne: j’apprécie cette attitude de dialogue et d'écoute des familles endeuillées. Là-dessus, il n’y a pas débat. Mais il faudrait quand même qu’on invite la famille à accepter une référence au message d’espérance.

Cela devrait-il constituer une condition sine qua non?

Non, pas à ce point. On a un devoir de tolérance. Mais on ne peut pas non plus en rester à un service de bienveillance comme un autre. Nous avons besoin d’une Eglise qui s’affirme.